Sokhna Aïda Saliou –

SERIGNE BÉTHIO, LE THIANTACÔNE

Suite aux enseignements de Serigne Saliou, Serigne Béthio n’a de cesse de pratiquer le « Thiant ». Sa communauté porte d’ailleurs le nom de « Thiantacône ». Il est reconnaissant en toute circonstance et rend grâce à Serigne Saliou, l’auteur des bienfaits. Il prépare des mets succulents et abondants à partir d’animaux licites et les distribue sans compter et sans distinguer les nationalités, les riches ou les pauvres, les croyants ou les incroyants, les adultes ou les plus jeunes, les hommes ou les femmes… Il se pare alors de ses plus beaux boubous, se parfume et proclame par la parole les bienfaits de Serigne Saliou à son égard. Il invite également ses disciples à en faire de la sorte. Il fait réciter le Coran et les khassaîdes. Il danse même pour manifester son amour et sa reconnaissance envers Serigne Saliou.

Cette pratique n’est pas sans rappeler ce verset du Coran qui traite du lieu de prière, couramment identifié sous le nom de mosquée : « Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de Salat (prière) portez votre parure. Et mangez et buvez ; et ne commettez pas d’excès (gaspillage), car il (Allah) n’aime pas ceux qui commettent des excès. » (Hauteur, verset 31) L’espace de prière est bien ouvert à tout un chacun, homme ou femme, croyant ou non. Dieu insiste sur les habits dont il faut se vêtir, car qu’elle chose mériterait que l’homme se pare de ses plus beaux habits si ce n’est la Face de Dieu ? Enfin, soulignons que c’est un espace où il faut manger et boire. Ce lieu de Salat n’est donc pas sans rappeler les « Thiants » que Serigne Béthio n’a cessés d’organiser aussi bien au Sénégal qu’à travers le monde.

Concernant la danse spirituelle, « le douket », Serigne Béthio l’a effectué devant Serigne Saliou lui-même qui en était très content. De plus, il faut rappeler que Serigne Touba avait fait une annonce surprenante : « Je rendrais grâce à Dieu de par mon corps physique en respirant comme vous le faites, sans que ce ne soit un amusement de ma part ou un quelconque égarement. » Par cette déclaration Serigne Touba alerte l’aspirant. Il prévient que dès qu’il va commencer à faire le « Thiant » comme il se doit, les égarés, qui ne comprendront pas, diront qu’il est en train de se jouer de la religion. Quel est cet aspect qui pourrait faire ressembler le « Thiant » à de l’amusement, alors qu’il n’en est absolument rien ? Il s’agit de la danse. Pourtant, cette dernière fait partie du « Thiant » et Serigne Touba l’affirme dans son poème « Bakh Bakha » : « Après s’être totalement débarrassé des ténèbres de l’imperfection, je me dois de rendre grâce sans cesse avec des pas de danse. »

Donc la danse est inhérente au « Thiant ». D’ailleurs Serigne Touba avait accepté la danse de mourides devant lui. Citons également le « samâ » des derviches tourneurs disciples de Djâlal-ud-Dîn Rûmî. Mais surtout référons-nous à la sunna : le Prophète Mouhammed psl, lors de l’hégire, a été accueil à Médine par des danses d’hommes et de femmes chantant ensemble aux rythmes des tambours et des flûtes, manifestant par là leur béatitude suite à la présence du Prophète psl. La joie et la gaieté que procure le « Thiant » incite le disciple à le manifester par la danse. Pour qui ou pour quoi danser, si ce n’est pour la Face de Dieu ?

Enfin, lors des « Thiants », Serigne Béthio prend le micro pour rendre grâce par la parole des bienfaits de Serigne Saliou, suivant en cela l’injonction de Dieu : « Et quant aux bienfaits de ton SEIGNEUR, proclame-les ». Sourate 93 le Matin.

Serigne Saliou a recommandé à Serigne Béthio de célébrer particulièrement trois « Thiants »: le Magal de Serigne Touba, le Gamou (la naissance du Prophète psl) ainsi que le 17 avril 1946 (la rencontre entre Serigne Saliou et Serigne Béthio). Serigne Béthio a porté ces célébrations à un niveau jamais égalé en termes de distribution de repas et de joie, étendant ainsi la miséricorde divine sur l’ensemble de la création.