
Serigne Béthio Thioune (1940 -2019) est né à Mbour, plus précisément à Keur Samba Laobé. Son père Baye Kouli Thioune et sa mère Sokhna Bambi Thiam sont d’origine guéwel, c’est à dire de la caste des griots. Il grandit dans le village de Tassète où il apprend le travail des champs.
C’est le 17 avril 1946 qu’il rencontre Serigne Saliou alors qu’il est au champ avec son frère Serigne Guilé. Serigne Saliou passe en calèche pour se rendre dans un de ses daaras (école musulmane d’enseignement religieux et d’initiation spirituelle). Âgé d’environ sept ans, le jeune paysan s’amuse à courir après la calèche. Serigne Saliou s’arrête alors et discute avec l’enfant avant de l’inviter à venir dîner le soir même. Serigne Béthio et son frère répondent présents à l’invitation. A la stupéfaction générale, c’est au jeune Serigne Béthio que Serigne Saliou tend la première tasse de thé, parmi une assemblée de sages notables âgées. Ce geste est révélateur des immenses privilèges dont Serigne Saliou va par la suite honorer son talibé. Serigne Béthio devient le disciple de Serigne Saliou et effectue avec amour et promptitude les recommandations de son guide. Cette relation de service et d’amour fait jaillir des grâces sur Serigne Béthio tant sur le plan temporel que spirituel.
Serigne Béthio entre peu de temps après à l’école française où il va y exceller avec l’aide de Serigne Saliou. Il exerce comme instituteur puis comme chargé d’école. Il devient ensuite délégué médical. Puis, il jette son dévolu sur le monde rural qu’il connaît bien. Engagé dans l’animation rurale, il gravit tous les échelons. Enfin, après une formation professionnelle à l’Ecole Nationale d’Economie Appliquée en 1973, il obtient le poste d’Inspecteur de la jeunesse et des sports à Dakar. Il intègre ensuite l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature. Diplômé de cette prestigieuse école en 1976, il entame une carrière dans la haute administration, comme administrateur civil de la commune de Diourbel puis de Kaolack. Suite à un contrôle de gestion des comptes, il est décoré de l’ordre national du lion pour la qualité de son travail. Il exerce ensuite au poste de Secrétaire général de Dakar. En 1996, alors administrateur civil de classe exceptionnelle, il fait valoir ses droits à la retraite, après trente-six ans de carrière administrative. Puis, à la demande de Serigne Saliou, il se présente à la communauté rurale de Touba où il est élu président pendant cinq ans. Enfin, sur ndiguel de Serigne Saliou, il retourne vivre dans son village natal, Keur Samba Laobé, près de Mbour. Il rebaptise cette ville Madinatou Salam et la développe en donnant des terres à ses talibés. Il s’éclipse le premier jour du mois de Ramadan, le 7 mai 2019. Serigne Béthio a toujours rendu grâce à Serigne Saliou qu’il rend seul responsable de sa carrière fulgurante et déclare qu’il lui rendra toujours grâce. Mais cette réussite terrestre spectaculaire s’accompagne d’une réalisation spirituelle effective.
En effet, Serigne Béthio reste tout au long de sa vie fidèle et aimant envers son Guide. Ses hautes études et sa carrière dans la haute administration n’ébranlent pas sa foi, au contraire, ils la confirment. Sur le ndiguel de Serigne Saliou, il célèbre le Magal, le Gamou (le jour de la naissance du Prophète) et le 17 Avril (le jour de sa rencontre avec Serigne Saliou). Il recommande à ses disciples d’apprendre les khassaïdes de Serigne Touba. Toujours sur le ndiguel de Serigne Saliou, il célèbre des mariages et des baptêmes, construit les daaras (écoles d’enseignement religieuses et spirituelles) de Khelcom, réalise les campagnes de récolte de l’arachide, élève la majestueuse mosquée de Dianatoul Mahwa à Touba… Il multiplie les “siars” c’est à dire les visites pieuses à Serigne Saliou. Il donne des “adiyas” à son guide, c’est à dire des cadeaux motivés uniquement par l’amour qu’il porte à Serigne Saliou, tels que des voitures, des maisons… Il correspond à la définition même du mouride “sadikh” (c’est à dire de l’aspirant véridique), telle qu’enseignée par Serigne Saliou : “aimer son guide jusqu’à l’extinction, oeuvrer pour lui et en faire son sujet de conversation en tout lieu et en tout temps”.